La danse des femmes mariées : le Niathiouroun N’gal en pays bédik
Par Makan DAMBELE
Tous les quatre ans, les collines de Bandafassi vibrent au rythme des chants et des danses des femmes mariées. Tiges de mil à la main, elles célèbrent le Niathiouroun N’gal, un rituel ancestral qui leur est entièrement dédié. Dans cette communauté bédik du sud-est du Sénégal, cette fête est bien plus qu’une tradition : elle est une reconnaissance du rôle central des femmes dans la famille et dans la préservation de l’identité culturelle.
À une quinzaine de kilomètres de Kédougou, sur la route de Salémata, les villages d’Ethiouwar et de Thiobo sont les principaux foyers de cette célébration. Tous les quatre ans, les femmes mariées de la zone Banapasse y sont à l’honneur, rejointes par celles des autres localités bédik venues partager ce moment de communion.
« C’est la fête de la fécondité. Les femmes mariées dansent avec des tiges de mil du jeudi au vendredi », explique Gabriel Pathé Camara, vice-chef de coutume.
Assise devant sa case à Ethiouwar, Ramata Camara, une octogénaire au regard vif malgré les années, se souvient de l’époque où la cérémonie se tenait tous les cinq ans. « Les anciens ont décidé de la ramener à quatre ans, car les gens vivent moins longtemps qu’avant », raconte-t-elle.
Une célébration de la femme bédik
Le Niathiouroun N’gal est l’un des rares rituels de la communauté où les femmes occupent le devant de la scène. Seules les femmes mariées vivant dans leur foyer peuvent participer aux danses, qu’elles soient mères ou non.
Pour les responsables coutumiers, cette fête est une marque de considération envers celles qui assurent la continuité des familles et de la communauté. « C’est un honneur rendu aux femmes. Une manière pour l’homme de montrer sa fierté de les avoir à ses côtés », souligne Gabriel Niapam Camara, adjoint au chef coutumier d’Ethiouwar.
Pendant plusieurs années, les préparatifs mobilisent toute la communauté. Les femmes cotisent du mil et des poids de terre, tandis que les hommes participent aux récoltes et à la préparation du vin traditionnel. Une petite fête, appelée « néréche », précède le niathiouroun n’gal. Quand cette fête a lieu ce n’est qu’après que le gnira ou chef coutumier en bédik va faire appel au masque « babi-babi » puis caler la date de la fête du niathiouroun n’gal. Le gnira a un rôle central : il veille au bon déroulement des cérémonies et à la préservation des traditions. Il est le gardien du bois sacré. Ce poste, héréditaire, incarne la continuité d’un savoir ancestral, renchérit Gabriel Niapam. Pas de gnira, pas de niathiouroun n’gal.
Trois mois avant la cérémonie, le masque sacré « Babi-Babi » annonce l’approche des festivités. Le jour venu, les femmes revêtent leurs plus belles parures. Coiffures traditionnelles, perles multicolores, coquillages et ornements composent le « dounguèl », symbole d’élégance et d’appartenance culturelle. Les nouvelles mariées, particulièrement attendues, se distinguent par des tenues spécifiques qui marquent leur entrée dans ce cercle de femmes.
Pour Denise Camara, doyenne du village, le Niathiouroun N’gal est aussi une école de transmission. « C’est là que les jeunes apprennent les danses, les coiffures et les traditions des femmes bédik », explique-t-elle.
Pendant deux jours, les chants résonnent sur les hauteurs d’Ethiouwar, dans une atmosphère où se mêlent mémoire, partage et célébration.
Un héritage porté par les femmes
À l’heure où les modes de vie évoluent rapidement, le Niathiouroun N’gal demeure l’un des espaces privilégiés de transmission des savoirs et des valeurs bédik. Gardiennes des traditions, les femmes y perpétuent des pratiques héritées de leurs mères et grands-mères tout en les transmettant aux nouvelles générations.
Tous les quatre ans, elles rappellent ainsi qu’elles sont bien plus que des participantes à la vie communautaire : elles en sont les piliers et les passeuses de mémoire.