Seulement six femmes sur 40 journalistes : le hors-jeu de la Coupe du monde 2026
Par Abba BA
Elles seront seulement six femmes sur une quarantaine de journalistes sénégalais à effectuer le déplacement aux États-Unis et au Canada pour couvrir le plus grand rendez-vous sportif et médiatique de la planète : la Coupe du monde de football qui débute ce 11 juin 2026.
« Nous avons actuellement six femmes journalistes qui ont obtenu leur visa pour couvrir la Coupe du monde aux États-Unis et au Canada », renseigne Soda Thiam, journaliste à la RFM et présidente de la commission féminine de l’Association nationale de la presse sportive du Sénégal (ANPS).
Pour elle, cette faible représentation féminine s’explique par plusieurs facteurs, notamment le durcissement des conditions d’octroi des visas américains et le poids des contraintes financières. « Pour la CAN, une quinzaine de femmes journalistes avaient été accréditées pour la couverture. Mais les contraintes financières et les difficultés à obtenir le visa américain ont découragé beaucoup de femmes journalistes de déposer leur demande », explique-t-elle.
La Coupe du monde obéit en effet à des règles particulières. Lors d’une conférence de presse tenue en mars dernier sur les préparatifs de la participation des journalistes sénégalais au Mondial, le président de l’ANPS, Abdoulaye Thiam, rappelait que « ce ne sont pas les journalistes qui vont directement sur les plateformes de la FIFA pour s’accréditer. La FIFA détermine des quotas pour chacune des 211 associations qui la composent ».
La FIFA a accordé 45 accréditations aux médias sénégalais : 35 pour la presse écrite et 10 pour les photographes. Mais derrière ce quotas, se cache une réalité moins reluisante : à l’issue des démarches administratives, notamment l’obtention des visas, environ 40 journalistes ont pu finalement réunir les conditions nécessaires dont seulement six femmes journalistes de la RFM, de D-Média, de 2STV, du quotidien Les Échos et de l’Agence de presse sénégalaise (APS), ainsi qu’une freelance du site Sport’Elles, soit 15 % de l’effectif.
Au-delà de l’accréditation, le coût de la couverture constitue un obstacle majeur. Selon l’ANPS, le média employeur doit verser une caution de 1 500 000 FCFA pour obtenir le code d’accréditation, une somme remboursée à l’arrivée aux États-Unis.
Pour un séjour prévu du 9 juin au 20 juillet 2026, les dépenses sont considérables : près de 4 millions de FCFA pour l’hébergement, 1,6 million de FCFA pour la restauration et environ 600 000 FCFA pour les déplacements entre les stades et les centres d’entraînement. Au total, le budget minimal est estimé entre 8 et 10 millions de FCFA par journaliste pour la phase de groupes.
La Coupe du monde 2026 est co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Des journalistes venus des quatre coins du monde vont couvrir cet événement planétaire. Et, comme lors des précédentes éditions, les femmes journalistes restent hors-jeu.
Un déséquilibre qui dépasse les frontières sénégalaises
Cette faible présence des femmes à la Coupe du monde interroge. Elle témoigne des obstacles persistants auxquels elles font face dans le journalisme sportif : accès limité aux opportunités, difficultés de financement, mais aussi persistance de pratiques professionnelles qui favorisent encore largement les hommes lorsqu’il s’agit des grands événements.
Cette sous-représentation des femmes journalistes à la Coupe du monde est loin d’être une singularité sénégalaise. En France également, le constat est préoccupant. Dans une tribune intitulée « Il faut nous dire si on dérange », publiée dans le quotidien Libération, la journaliste sportive Marie Portolano révèle que, sur les 150 journalistes envoyés par les médias français pour couvrir le Mondial 2026, seuls dix sont des femmes, soit à peine 6,7 % des effectifs.
« Seulement 6 % de femmes ? Inconcevable », écrit-elle, dénonçant un décalage persistant entre les discours en faveur de l’égalité et les pratiques des rédactions sportives. « La Coupe du monde masculine, qui s’ouvre le 11 juin, aurait dû être une vitrine des avancées en faveur de l’égalité et de la parité. Mais les rédactions sportives persistent à n’envoyer que des hommes sur le terrain », déplore-t-elle.
À travers cette prise de parole, Marie Portolano met en lumière une réalité qui dépasse les frontières françaises : malgré une présence croissante des femmes dans le journalisme sportif, les grands événements internationaux demeurent encore largement couverts par des hommes.