À Podor : les gardiennes du Nda rafraîchissent le Fouta (1/2)
Par Aïda GUÈYE
Face aux vagues de chaleur successives, les femmes potières de Podor rafraîchissent les foyers du Fouta grâce à un savoir-faire ancestral perpétué de mère en fille : le nda. Depuis des siècles, elles transmettent cet héritage, symbole de résilience culturelle qui défie la modernité.
À Podor, dans le nord du Sénégal, les habitants ont trouvé une solution ingénieuse pour faire face aux vagues de chaleur. Dans cette ville où le soleil règne presque toute l’année, le nda, canari traditionnel en argile, n’est pas un simple récipient. . Cette technologie écologique conserve naturellement la fraîcheur de l’eau, même lorsque le thermomètre dépasse largement les 30 degrés.
Sous un citronnier, dans la cour de sa maison, Dieynaba Camara observe des enfants interrompre leur partie de « petit camp » pour venir se désaltérer. Tour à tour, ils soulèvent le couvercle métallique du canari et plongent une calebasse dans son eau fraîche. Chaque gorgée procure un soulagement immédiat surtout en cette fin d’après-midi de forte chaleur.
Assise sur une natte, les jambes repliées devant un vieux sac de riz servant de plan de travail, elle malaxe longuement la pâte d’argile. Ses mains répètent les mêmes gestes, appris depuis l’enfance. Chaque pression, chaque mouvement répond à une technique transmise de génération en génération.
Derrière cette simplicité apparente se cache un savoir-faire minutieux. Le canari est fabriqué à partir d’un mélange d’argile noire, considérée par les artisanes comme la plus résistante, et de poudre de vieux canaris pilés. « Sans cette poudre, le nda risque de se fissurer à la cuisson », explique Dieynaba Camara. On façonne le Nda avec « Le meilleur des argiles », renchérit Fademba Niang, la doyenne des potières qui se souvient de l’époque où les familles commandaient d’immenses canaris capables de contenir plusieurs bassines d’eau. « Autrefois, toutes les concessions en possédaient. Ils étaient indispensables dans chaque maison », raconte-t-elle.
L’eau du nda garde une fraîcheur singulière. Ni glacée, ni tiède, elle conserve une température naturellement agréable. Son léger goût d’argile rappelle les matières premières dont elle est issue et fait partie des saveurs auxquelles restent attachées de nombreuses familles du Fouta.
Malgré l’arrivée des réfrigérateurs, le nda n’a pas disparu. Bien au contraire, il continue d’occuper une place dans de nombreux foyers. « Certaines personnes préfèrent toujours boire l’eau du canari. Elles la trouvent plus douce et plus naturelle que celle du réfrigérateur », confie Amy Sylla Ba, potière depuis une quinzaine d’années.
À Podor, le nda témoigne ainsi d’une étonnante capacité de résistance. L’objet traditionnel cohabite désormais avec les équipements modernes sans perdre son utilité ni sa valeur symbolique.
Magnifique article qui me replonge dans mes inoubliables souvenirs de Podor et de mon village natal où le nda était très prisé à notre époque. Ça donne tout simplement envie d’aller s’en procurer en cette période de canicule.
Où pourrait-on le commander à partir de Saint-Louis?
Effectivement, bel article.
Merci pour les encouragements.
Ma shaAllah, on sent Podor, la chaleur, les potières. On sent aussi la fraîcheur de l’eau ! C’est beau de savoir que la tradition résiste.
Force aux femmes du Canari !
Fière de toi Dr Aïda Gueye
Que de bons souvenirs qui nous replonge en terre connue.
Merci pour les encouragements.