Fatou Ndiaye, première sénégalaise sélectionnée à l’École d’Été d’Écriture et de Journalisme
Par Mousso.sn
Depuis le lancement de l’École d’Été d’Écriture et de Journalisme (EEEJ) en 2023, seuls des hommes avaient représenté le Sénégal dans ce programme continental. Cette année, cette page se tourne : Fatou Ndiaye, étudiante en journalisme et communication au CESTI, devient la première femme de son pays à intégrer cette résidence, et l’unique candidature féminine sénégalaise retenue parmi les quinze talents sélectionnés à l’échelle de l’Afrique francophone.
L’EEEJ est un programme intensif de formation et une résidence de création littéraire et médiatique. Pendant quinze jours à Cotonou, au Bénin, les participants sont pris en charge dans leur intégralité (billet d’avion, hébergement, restauration) grâce au soutien de la Fondation Vallet, sous l’égide de la Fondation de France, et à l’organisation sur place de l’ONG Bénin Excellence.
C’est un proche, professeur de lettres et universitaire habitué des échanges avec Cotonou, qui a mis Fatou Ndiaye sur la piste de l’école. Il lui avait déjà transmis l’appel à candidatures l’année précédente, sans qu’elle ne s’y attarde vraiment. Deux jours plus tard, Mamadou El Hadj Ly qui avait lui-même représenté le Sénégal à l’édition précédente de l’EEEJ, a partagé le même appel dans le groupe du CESTI. Fatou Ndiaye l’a alors taquiné, lui confiant que son proche lui envoyait cet appel depuis l’année dernière sans qu’elle ne s’y intéresse vraiment. La réponse de son camarade a été sans détour : il fallait qu’elle participe, il n’y avait jamais eu de femme sénégalaise sélectionnée, et elle avait le bon profil pour ça. Devant l’ampleur de la procédure, la jeune femme a d’abord douté : le temps à y consacrer, l’exigence du processus, ses chances réelles. C’est en entendant qu’aucune femme sénégalaise n’avait, jusque-là, jamais franchi cette étape que le déclic s’est produit. « Ce n’est pas le fait qu’on veuille que je participe qui m’a poussée, c’est d’entendre qu’il n’y avait jamais eu de femme », confie-t-elle. Une donnée suffit alors à transformer l’hésitation en détermination.
La sélection, elle la décrit comme longue, rigoureuse et exigeante. C’est un processus qui réclame de la volonté autant que de la résilience. Il faut d’abord déposer un projet d’article en lien avec le thème de l’édition, cette année « Flash, Clap et patrimoine », en précisant ses motivations, un titre prévisionnel, les intrants journalistiques mobilisés, les personnes ressources envisagées et la portée espérée du sujet. Vient ensuite un texte de trois pages destinées à évaluer le niveau de langue et la qualité de la plume, ainsi qu’un document exposant les motivations à intégrer l’école. S’y ajoutent le CV, le diplôme du baccalauréat, une copie d’identité et le passeport, le tout déposé sur la plateforme de l’ONG Bénin Excellence, non sans avoir réussi, au préalable, un test de culture générale obligatoire pour valider sa candidature. Les profils présélectionnés passent ensuite un entretien d’une heure devant un jury d’au moins trois personnes, avant qu’une décision finale ne soit rendue sur la base de l’ensemble du dossier. Au total, quinze places pour toute l’Afrique francophone, et un ou deux au maximum pour le Sénégal depuis la création du programme.
Le projet d’article de Fatou Ndiaye interroge la mémoire du massacre de Thiaroye à travers le film Camp de Thiaroye d’Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow, pour montrer comment le cinéma a pu, par la fiction, devancer l’histoire officielle sur le massacre des tirailleurs africains. Une manière de confronter les archives, les sources et la documentation avec le souci d’exposer les faits sans les orienter, pour laisser au lecteur le soin de se forger sa propre opinion.
Pour la jeune journaliste en formation, l’EEEJ représente une occasion de consolider ce qu’elle apprend au CESTI, en le confrontant à d’autres pratiques et d’autres regards sur l’écriture et le journalisme. Elle en revient avec l’ambition d’en faire un tremplin plutôt qu’un aboutissement.
Mais au-delà de son propre parcours, c’est un message qu’elle tient à adresser aux autres jeunes femmes : les opportunités existent, pour les hommes comme pour elles, mais l’accès à l’information reste souvent inégal. Sans ce proche qui l’a orientée vers l’école, elle reconnaît qu’elle n’aurait probablement jamais eu connaissance de cette possibilité. « Si elles ne font pas l’effort de chercher, de se lancer, d’autres le feront à leur place et ces autres ne sont pas plus méritants qu’elles », insiste-t-elle. Elle espère surtout que sa sélection ne restera pas un cas isolé, et qu’il ne faudra plus attendre plusieurs années avant qu’une autre femme sénégalaise ne foule, à son tour, les couloirs de l’EEEJ.