Sayda Mariama Niass, une vie de combat pour l’éducation des filles
Par Abba BA
Figure majeure de l’enseignement coranique au Sénégal, Sayda Mariama Niass a consacré toute sa vie à la transmission du savoir. Mais au-delà du religieux, son parcours incarne un militantisme constant en faveur d’une éducation inclusive, notamment pour les jeunes filles, longtemps marginalisées dans certains circuits d’apprentissage. En ce mois de mars, dédié à la célébration des droits des femmes, Mousso rend hommage à ces figures féminines qui ont marqué leur époque, à l’image de Sayda Mariama Niass, icône de l’enseignement coranique et ardente défenseure de l’éducation des filles.
Née en 1932 à Kossi, près de Kaolack, elle se distingue très tôt par son attachement au Coran. Formée dès l’enfance, elle révèle rapidement des aptitudes remarquables, au point d’enseigner à ses camarades alors qu’elle n’est encore qu’élève. Cette précocité nourrit en elle une conviction profonde : le savoir doit être partagé sans distinction de genre ni de condition sociale.
À seulement 14 ans, elle ouvre son propre daara à Kaolack. Plus tard installée à Dakar avec son époux, elle continue d’accueillir les enfants du quartier — filles comme garçons — dans sa chambre pour leur enseigner le Livre saint. Face à l’affluence, elle agrandit progressivement son cadre d’enseignement, portée par une vision claire : offrir aux enfants, et particulièrement aux jeunes filles, un accès à une double formation, religieuse et moderne.
Son engagement prend une dimension décisive dans les années 1980. Avec le soutien de l’ancien président de la République, Abdou Diouf, elle obtient un terrain à la Patte d’Oie où elle fonde le complexe éducatif Cheikh Al Islam El Hadj Ibrahima Niass. Elle y introduit l’enseignement général aux côtés de l’enseignement coranique, défendant avec conviction une vision élargie du savoir : « Il nous est demandé d’apprendre tout ce qui est utile », affirmait-elle.
Une pionnière de la modernisation de l’enseignement coranique
Sayda Mariama Niass s’impose ainsi comme l’une des grandes pionnières de la modernisation des daaras au Sénégal. En intégrant l’enseignement général, elle initie une transformation profonde du système éducatif coranique, ouvrant de nouvelles perspectives, notamment pour les filles.
Érigé en institut, le complexe El Hadj Ibrahima Niass fonctionne à temps plein, neuf mois sur douze, et accueille des élèves de tous horizons, du primaire au secondaire, sans distinction de sexe. Les filles y bénéficient du même encadrement et des mêmes enseignements que leurs camarades, dans des régimes d’internat ou d’externat. Face au succès grandissant de son modèle, elle étend son initiative en ouvrant d’autres établissements, notamment à Mermoz et à Sacré-Cœur.
Mère de huit enfants, tous formés dans ce système combinant enseignement religieux et général, elle démontre par l’exemple la pertinence de sa vision. Son engagement dépasse largement le cadre familial : à travers ses instituts, elle a formé des générations d’élèves et contribué à faire évoluer les mentalités, en particulier sur la place des filles dans l’éducation.
Son œuvre, reconnue au plus haut niveau de l’État, lui vaut d’être décorée de l’Ordre national du Lion. Mais au-delà des distinctions reçues de son vivant, c’est l’empreinte durable de son engagement qui marque les esprits. Jusqu’à ses derniers jours, elle reste fidèle à son combat, poursuivant son enseignement sans relâche. Elle s’éteint le 26 décembre 2020 à Dakar, à l’âge de 88 ans, dans son daara de Mermoz.
À l’annonce de son décès, les hommages affluent de toutes parts, témoignant de l’ampleur de son héritage. Parmi eux, celui de l’ancien président de la République, Macky Sall : « Le Sénégal et la Ummah islamique ont perdu une de leurs illustres filles : Seydah Mariama Niass. Grande promotrice de l’éducation des jeunes filles, elle a rendu un service inestimable à la science. »