Travail domestique non rémunéré : le fardeau invisible qui freine l’autonomisation des femmes
Par Mousso
Longtemps ignoré dans les politiques économiques, le travail domestique non rémunéré des Sénégalaises apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur de justice sociale et de développement. Selon les projections de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, si ce travail invisible était comptabilisé et valorisé, il représenterait près de 13,9 % du produit intérieur brut (PIB) du Sénégal.
Cette réalité a été au cœur d’un atelier national marquant la clôture du programme 3R « Reconnaître, Réduire et Redistribuer », financé par le gouvernement fédéral allemand et mis en œuvre par ONU Femmes Sénégal . Cette initiative met en lumière les profondes inégalités de genre liées à l’économie du soin (« care ») et appelle à des réformes structurelles pour alléger la charge qui pèse sur les femmes, notamment en milieu rural.
Les conclusions du programme révèlent une situation alarmante : les Sénégalaises consacrent en moyenne plus de quatre heures par jour aux tâches ménagères et à la garde des enfants, contre seulement 27 minutes pour les hommes. Dans certaines localités rurales, cette charge invisible peut atteindre jusqu’à douze heures quotidiennes.
Ce manque de temps constitue un frein direct à l’autonomie économique des femmes. Selon les données de l’enquête nationale sur l’emploi du temps menée par l’ANSD avec l’appui d’ONU Femmes, près de 25,8 % des femmes restent exclues de la population active à cause de cette surcharge domestique. À cela s’ajoute le travail de soin : 46 % des femmes rurales prennent quotidiennement en charge un enfant, une personne malade ou âgée.
Déployé dans les régions de Saint-Louis, Sédhiou et Ziguinchor, le programme 3R a cherché à transformer ces constats en actions concrètes. Ainsi, plus de 1 600 autorités locales ont été mobilisées autour de la planification sensible au genre, tandis que 9 000 travailleuses agricoles et leurs familles ont bénéficié d’une couverture d’assurance maladie.
Le programme a également permis la réhabilitation et l’équipement de 19 structures communautaires de garde de la petite enfance, profitant à plus de 1 600 enfants. Ces espaces offrent désormais à de nombreuses femmes la possibilité de dégager du temps pour développer des activités génératrices de revenus, entreprendre ou participer davantage à la vie économique.
Au-delà des chiffres, cette initiative rappelle une réalité souvent invisibilisée : sans le travail quotidien des femmes dans les foyers, une grande partie de l’économie sénégalaise ne fonctionnerait tout simplement pas.