Accès difficile au financement des femmes : À Ndogolé, la solidarité remplace les banques
Par Hawa Haby THIAM
Face à la complexité des prêts bancaires et à une méfiance persistante envers les institutions financières, les vendeuses de légumes du marché de Ndogolé s’organisent en tontines pour financer leur commerce et sécuriser leurs revenus.
En cette soirée d’été, le marché de Ndogolé prend vie avec ses vendeuses de légumes installées le long de la route. Les activités du marché débutent vers 17 heures et se prolongent tard dans la soirée. Le matin, les vendeuses sont dans les champs, occupées à la récolte et au transport des légumes vers le marché. Le soleil est encore haut sur le lieu. L’air est chargé d’odeurs mêlées de terre humide, de feuilles fraîches et de légumes tout juste déchargés. Entre les étals improvisés et les allées étroites, les femmes s’activent sans relâche. Elles marchandent, trient, empilent. Leurs voix se croisent, se répondent, couvrant parfois le bruit des charrettes qui passent. Ici, chaque soirée est une lutte, chaque vente compte.
Mais derrière cette agitation, une autre réalité, plus silencieuse, s’impose : celle de l’accès presque inexistant au financement bancaire. Aucune des femmes rencontrées n’a contracté de prêt auprès d’une banque. Certaines n’en connaissent même pas les mécanismes. Pour elles, le crédit formel reste lointain, presque abstrait. Trop compliqué, trop risqué. Les démarches administratives, jugées longues et incompréhensibles, découragent d’avance. À cela s’ajoute une méfiance tenace envers les institutions financières, nourrie par des récits d’endettement mal maîtrisé, de biens saisis ou de pressions difficiles à supporter.
Alors, par prudence, elles préfèrent s’en remettre à ce qu’elles connaissent : leurs propres moyens, aussi limités soient-ils. Quitte à freiner le développement de leur activité.
Assise à l’écart, sur un sac de légumes encore poussiéreux, Khady prend une courte pause. Une tasse de café dans une main, un sachet de beignets dans l’autre, elle reprend son souffle après des heures passées à négocier avec les fournisseurs. Ses doigts, encore marqués par la terre, témoignent du travail déjà accompli. « Les banques, ce n’est pas pour nous », lâche-t-elle simplement.
Puis, dans un sourire, elle évoque une autre réalité, celle qui permet de tenir debout malgré tout :« On s’organise entre nous. On fait des bëcëkk. On a un réseau de vendeuses de légumes, on s’entraide. Chaque jour, on cotise un peu, et à la fin du mois, on remet la cagnotte à l’une d’entre nous. »
Dans ce système, chacune attend son tour. Une rotation patiente, mais essentielle. Une manière de contourner l’absence de crédit formel, sans intérêts, sans paperasse, sans pression extérieure.