À Kédougou : le difficile accès des femmes à la terre
Par Makan DAMBELE
Dans la région de Kédougou, l’accès à la terre reste un défi majeur pour les femmes. Entre la pression minière, la raréfaction des terres cultivables et la lourdeur administrative, elles peinent à trouver un espace pour cultiver et nourrir leur famille.
À Kédougou, l’accès des femmes à la terre demeure l’une des problématiques majeures, aussi bien en zone rurale qu’urbaine. La forte urbanisation, les permis fonciers accordés aux industriels miniers, l’exploitation artisanale de l’or et la pression démographique rendent la situation encore plus complexe. « Nous n’avons pas accès à la terre », confie Taiba Sidibé, présidente d’un groupement d’intérêt économique (GIE). « Les champs que nous cultivons appartiennent à des familles. Une année, tu récoltes, et l’année suivante, le propriétaire décide de récupérer son terrain. Tu n’as plus rien. » Malgré les démarches répétées auprès des mairies de Bandafassi, Dimboli ou d’ailleurs, aucune solution n’a vu le jour. « Partout où nous faisons des demandes, on nous dit d’attendre. Mais attendre combien de temps ? Les procédures sont trop compliquées », déplore Mme Sidibé.
Le constat est similaire dans le village de Badon-Sibikiling, commune de Tomboronkoto. Ici, l’espace agricole se réduit comme peau de chagrin. Au sud-est, les terres sont occupées par les éleveurs et le village Beliyan. Au sud-ouest, les limites du village de Beliyan restreignent encore l’expansion. Au nord-ouest, c’est le Parc national du Niokolo-Koba, strictement interdit à toute exploitation. Ne reste qu’une bande au nord-est, constamment grignotée par des bergers nomades et des exploitants de bambou originaires de Gui.
Dans le Bélédougou, département de Saraya, le problème prend une autre ampleur. Les permis d’exploitation minière octroyés aux industriels ont refroidi les espoirs en occupant les derniers espaces cultivables et l’orpaillage artisanal dégrade les sols. C. Keita et F. Keita, deux femmes rencontrées sur un site, parlent de leur désarroi : « Nous avons perdu nos champs. Les sociétés minières ont tout pris. Il ne reste plus aucune terre à cultiver. » Elles avouent braver les interdits en entrant clandestinement, à leurs risques et périls, dans le Parc pour faire de l’orpaillage.
Les autorités locales reconnaissent l’impasse. Selon Fodé Sylla, président de la commission domaniale de la mairie de Kédougou : « La commune n’a plus de terres disponibles. Les obstacles sont structurels. Les femmes restent souvent exclues des processus de décision et n’ont pas la culture de faire des demandes de terres même pour le maraîchage. La loi sur la parité est là, mais son application sur le terrain est compliquée. »
Depuis 2022, aucune délibération n’a été faite. Pourtant, la terre est une ressource vitale pour les femmes de la région. Celles qui la travaillent mais en sont privées. En attendant, la mairie mise sur l’intercommunalité avec Bandafassi pour trouver des solutions.