Médias au Sénégal : la visibilité des femmes progresse, mais les inégalités persistent
Par Abba BA
La visibilité des femmes dans les médias progresse au Sénégal, même si des déséquilibres persistent dans leur représentation, selon le monitorage 2025 des médias. Une révélation faite à Ziguinchor par le Réseau interafricain pour les femmes, médias, genre et développement (FAMEDEV) qui appelle à une intégration plus effective du genre dans les lignes éditoriales.
Ziguinchor, du 22 au 23 avril 2025. Dans une salle de conférence animée par des professionnels des médias, chercheurs et acteurs de la société civile, les échanges sont nourris, parfois critiques, mais toujours orientés vers un même objectif : repenser la place des femmes dans l’espace médiatique. À l’initiative du Réseau interafricain pour les femmes, médias, genre et développement (FAMEDEV), un atelier régional a été organisé pour partager les résultats du rapport de monitorage des médias. Au cœur des discussions : l’urgence d’intégrer pleinement la dimension du genre dans les pratiques journalistiques.
Les données présentées, issues du Projet mondial de monitorage des médias (GMMP 2025), dressent un tableau contrasté. L’étude, réalisée le 6 mai 2025 sur un échantillon de 14 médias sénégalais dont huit journaux, deux radios, deux télévisions et deux sites d’information, met en lumière une progression de la présence féminine dans les contenus médiatiques.
Dans la presse écrite, à la radio et sur les plateformes en ligne, les femmes représentent respectivement 79 %, 75 % et 67 % des sujets et sources d’information analysés ce jour-là. Une avancée notable, qui pourrait laisser croire à une amélioration significative de leur visibilité.
Cependant, derrière ces chiffres encourageants se cachent des disparités persistantes. La télévision, notamment, demeure un espace largement dominé par les hommes, qui constituent 57 % des intervenants. Une tendance qui illustre le maintien de rapports de pouvoir inégalitaires dans certains formats médiatiques à forte audience.
Plus révélateur encore, le décalage observé dans la presse écrite entre la parole accordée aux femmes et leur représentation visuelle. Si 89 % des citations dans les articles proviennent de femmes, seulement 42 % d’entre elles sont illustrées par des images, contre 60 % pour les hommes. Un déséquilibre qui traduit des stéréotypes profondément ancrés, où l’autorité et la légitimité continuent d’être associées à des figures masculines.
L’analyse met également en évidence des inégalités d’accès à la parole publique selon l’âge et le statut. Les hommes occupent quasi exclusivement les positions d’experts, notamment chez les 20-30 ans, où ils représentent 100 % des intervenants. À l’inverse, les femmes de cette tranche d’âge sont souvent cantonnées à des rôles de témoins ou de sujets. Quant aux femmes de plus de 65 ans, elles apparaissent rarement comme actrices du débat public, étant le plus souvent reléguées à des récits narratifs.
Même si ces résultats reposent sur une observation ponctuelle, ils révèlent une tendance structurelle : la sous-représentation des femmes dans les espaces décisionnels et les rubriques stratégiques telles que l’économie ou la politique.
Pour les responsables de FAMEDEV, cette situation interpelle directement les dirigeants des organes de presse. L’intégration du genre ne devrait pas être laissée à l’initiative individuelle des journalistes ; elle doit s’inscrire dans une volonté éditoriale affirmée. Cela passe par la valorisation des expertises féminines, la diversification des sources et une attention particulière portée à l’équilibre des représentations.
« Ces assises ne sont pas une fin, mais un point de départ. Aujourd’hui, la question n’est plus de constater. Les données sont là. Les évidences sont établies. Notre responsabilité collective est désormais claire : passer de l’évidence à l’action », a déclaré Mme Amie Joof, présidente exécutive de FAMEDEV, appelant à un changement de paradigme dans le traitement de l’information.
Au-delà du Sénégal, les échanges ont également permis de croiser les expériences de pays comme Madagascar et Togo. Là aussi, les constats convergent : malgré des contextes différents, les femmes restent globalement peu visibles dans les médias africains.
Ainsi, au fil des discussions, une conviction s’est imposée : l’intégration du genre dans les médias n’est pas seulement une question d’équité, mais un enjeu démocratique. Donner davantage de place aux femmes, c’est enrichir le débat public, diversifier les points de vue et refléter plus fidèlement la réalité des sociétés africaines.