Staff de Patrick VIEIRA : les femmes toujours hors du terrain
Par Abba BA
En dévoilant son staff, Patrick Vieira, le nouveau sélectionneur des Lions du Sénégal, n’a pas seulement installé ses hommes de confiance, il a aussi reconduit une réalité bien connue du football sénégalais : la relégation des femmes hors du terrain. Une situation qui interroge alors que la FIFA multiplie les initiatives pour ouvrir davantage les portes du football à la gent féminine.
Patrick Vieira commence à prendre ses marques à la tête des Lions de la Téranga. Présenté officiellement comme nouveau sélectionneur du Sénégal le 18 septembre 2026, le technicien français a rapidement arrêté les contours de son encadrement. À ses côtés, deux adjoints : le Français Mickaël Marsiglia, choisi comme premier adjoint, et le Sénégalais Issa Aïdara, deuxième adjoint. Les deux hommes sont désormais ses principaux alliés dans la préparation des prochaines échéances des joueurs. Deux adjoints, deux hommes. Un staff 100% masculin. Aucune figure féminine. Aucune femme dans sa garde rapprochée.
Le constat ne s’arrête pas au banc. Dans les différents métiers qui composent traditionnellement les staffs des sélections masculines (technique, administratif, analyse vidéo, préparation ou encadrement médical), les femmes restent extrêmement rares. Pour Mamadou Koumé, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages sur le football sénégalais, cette absence n’est pas inédite. « L’équipe nationale masculine n’a jamais eu de femmes dans les staffs. Le football est misogyne », déplore-t-il.
Le cas du staff de Patrick Vieira renvoie à une réalité presque générale : au Sénégal comme dans une grande partie du football africain voire mondial, les postes d’encadrement restent majoritairement occupés par des hommes. Même le football féminin n’échappe pas à cette réalité. À juste titre, par exemple, hier seulement (mercredi 23 septembre), la Fédération sénégalaise de football a nommé Alioune Abitalib Fall à la tête de l’équipe nationale féminine, en remplacement de Mame Moussa Cissé. Ancien entraîneur des U20 féminines, il devient ainsi le nouveau sélectionneur des Lionnes. Là encore, le banc est dirigé par un homme qui remplace un autre.
Pour Mamadou Koumé, le problème dépasse la seule composition des staffs. « Quand on observe le football au plus haut niveau, même dans les grands pays de football, ce sport a longtemps été considéré comme une affaire d’hommes », analyse ce fin connaisseur du football. En Europe, explique-t-il, quelques femmes commencent à intégrer notamment les staffs médicaux. En Afrique, leur présence demeure beaucoup plus limitée. La seule exception qui existe, c’est le football de quartier. « Il faut aller dans les Navétanes pour voir davantage de femmes. Comme ce sont des équipes de quartier, tout le monde s’implique et en fait sa chose », observe le journaliste.
Cette sous-représentation se retrouve également dans la gouvernance fédérale. Selon les informations disponibles, le comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football, qui compte une trentaine de membres, ne comprend qu’une seule femme, à savoir la responsable du football féminin. Une présence qui reste donc très minoritaire.
Pour changer cette réalité, la question de la formation est centrale. En effet, devenir entraîneur, arbitre, préparatrice, analyste vidéo, dirigeante ou administratrice du football exige des compétences et des diplômes qui permettent de prétendre aux postes de responsabilité. « Il faut que les femmes se forment comme administratives, arbitres et entraîneurs », souligne M. Koumé. Cependant, il faut noter que la formation ne suffit pas à elle seule. Encore faut-il que les femmes formées puissent accéder aux postes où se prennent les décisions. « Les obstacles sont surtout au niveau des instances du football, où la notion de parité est inconnue », estime-t-il.
Les instances du football veulent changer la donne
À l’échelle internationale, la tendance commence toutefois à évoluer. La FIFA a fait de la formation, de l’accompagnement et de la promotion des femmes dans le football, un axe de sa stratégie de développement. Depuis 2021, son programme de bourses de formation des entraîneures a ainsi soutenu 795 femmes dans 73 associations membres, afin de leur permettre d’obtenir des qualifications et d’accéder à davantage d’opportunités professionnelles. L’instance mondiale développe également le Female Coach Educators’ Development Pathway, destiné à former des femmes capables à leur tour de former et d’accompagner les futures entraîneures.
Depuis 2026, un autre pas a été franchi : la FIFA impose désormais, dans ses compétitions féminines, la présence d’au moins une femme comme sélectionneure ou entraîneure adjointe, ainsi qu’une femme au sein du staff médical et au moins deux femmes parmi les officiels présents sur le banc. La mesure a fait ses débuts lors de la Coupe du monde féminine U20 en Pologne.
La CAF a elle aussi utilisé les leviers réglementaires pour développer le football féminin. Depuis 2022, les clubs engagés dans les compétitions interclubs masculines de la CAF doivent notamment disposer d’une équipe féminine active, directement ou à travers un accord avec une autre structure, pour satisfaire aux exigences de licence.
Ces initiatives internationales montrent que la présence des femmes ne se décrète pas uniquement au moment des nominations. Elle se prépare. Et sur ce point, Mamadou Koumé plaide pour un engagement plus affirmé : « Le lobbying aussi au niveau des instances de décision pour une discrimination positive, à défaut de parité. »