Une femme, pas un assemblage
Par Sidy DIOP
La République des postiches a encore frappé. On s’est découvert une urgence nationale : débattre du corps de Djiréye Clotilde Coly. Comme si, dans ce grand carnaval des apparences, le véritable scandale était d’oser être soi-même. L’époque est pourtant généreuse. Elle distribue des hanches sur ordonnance sociale, des cheveux venus de Shanghai ou de Bombay, des cils capables de provoquer des courants d’air et des ongles si longs qu’ils semblent destinés à signer des traités internationaux. Le naturel, lui, est devenu une extravagance.
Et voilà qu’une femme décide de ne pas participer à cette foire aux accessoires. Une femme qui n’a pas jugé nécessaire de transformer son corps en chantier permanent ni son visage en salle d’exposition. Aussitôt, les experts autoproclamés du commentaire facile se mobilisent.
On pense alors à ce rêve formulé par Martin Luther King Jr. : « Je rêve d’une société où mes enfants seront jugés sur leurs aptitudes intellectuelles et non sur la couleur de leur peau. » Des décennies plus tard, nous avons réussi un étrange tour de force. Nous ne jugeons plus seulement les êtres pour ce qu’ils sont, nous les passons au scanner de leur coiffure, de leurs vêtements et de leur allure générale. Voilà désormais qu’une femme est sommée de rendre des comptes pour son look.
Quel paradoxe délicieux. Dans une société qui applaudit chaque jour les prouesses de l’artifice, on s’autorise à ironiser sur l’authenticité. Comme si le fait d’être naturelle était devenu un acte de provocation.
Djiréye Clotilde Coly mérite pourtant autre chose que ces maladresses déguisées en débat public. Elle rappelle une évidence devenue presque révolutionnaire : une femme n’est pas obligée d’être un assemblage de pièces détachées pour exister.
À force de fabriquer des êtres hybrides, nous avons fini par considérer l’original comme une anomalie. Il est peut-être temps de réapprendre la civilité avant de prétendre donner des leçons d’esthétique. Car une société qui ne sait plus reconnaître la beauté du naturel est une société qui a commencé à confondre l’être et le décor.
Si. Di. (Le Soleil)
(Avec toutes mes excuses pour celles et ceux qui me liront au premier degré)