À Thiobo, la tontine du Vendredi : un rempart communautaire contre la pauvreté
Par Makan DAMBELE
À Thiobo, village Bedik niché à l’Est du Sénégal, chaque vendredi matin, hommes et femmes se rassemblent autour d’une pratique ancestrale : le « tégué »ou tontine. Bien plus qu’un simple rendez-vous hebdomadaire, ce système d’épargne collective est devenu un véritable filet de solidarité et une réponse locale à la précarité.
Thiobo, vendredi 2 janvier 2026. Il est huit heures. Le vent frais adoucit l’atmosphère matinale. La cour du domicile du vieux Tama Keita, chef du village, est déjà pleine. Des femmes, assises en cercle sur des bancs et de petits tabourets, échangent les premières nouvelles de la journée. Les éclats de rire se mêlent aux voix animées, donnant à la rencontre une ambiance chaleureuse et vivante.
Un peu à l’écart, les hommes, plus calmes, sont installés sur les miradors. Vêtus pour la plupart de tenues de travail, ils se rendront directement aux champs après la séance. À Thiobo, la période des récoltes bat son plein. Pourtant, la présence à la tontine du vendredi est presque obligatoire pour tous les habitants de ce petit village Bedik.
Depuis plus d’une décennie, chaque vendredi matin, les villageois se retrouvent chez le vieux Tama pour le tégué, la tontine communautaire. Chacun contribue selon ses moyens, avec des cotisations allant de 100 à 2 000 francs CFA.
« On a commencé il y a plus de dix ans. On cotise et on garde l’argent pendant deux ou trois ans avant de partager la somme. La dernière fois, j’ai reçu 100 000 francs », confie Niano Camara, une sexagénaire au regard vif.
De petite taille et de forte corpulence, Niano et ses camarades forment un groupe d’une trentaine de femmes, chargées de la gestion de la tontine féminine. Devant l’une d’elles, la trésorière, une calebasse déborde de billets de 1 000 et 2 000 francs, soigneusement comptés avant d’être rangés dans la caisse principale.
Certaines participantes arrivent avec des bassines de maïs ou d’arachides. Pendant qu’elles cotisent, les autres les aident à décortiquer les récoltes, mêlant ainsi travaux agricoles et solidarité financière. Pour les femmes, la tontine est d’une grande utilité : elle permet de faire face à plusieurs besoins essentiels du quotidien.
À l’instar des femmes, les hommes disposent également de leur propre tontine. Après chaque cotisation, le montant collecté est annoncé publiquement. Pour le chef du village, Tama Keita, le tégué est une véritable arme contre la pauvreté.
« Si quelqu’un tombe malade et n’a pas les moyens de se soigner, il peut demander un prêt. Après ses soins, il rembourse. La tontine est donc d’une grande utilité », explique-t-il.
À ses côtés, le secrétaire, un jeune homme d’une trentaine d’années, note scrupuleusement chaque contribution dans un carnet usé par le temps.
Dans ce village où les activités génératrices de revenus sont rares en dehors de l’agriculture, le tégué est vital. « Cette tontine nous aide beaucoup », témoigne Péna, une femme élancée, à la peau noire et au tempérament jovial.
Après deux à trois heures de réunion, chacun reprend le cours de sa journée. Les hommes et quelques femmes rejoignent leurs champs pour les récoltes. Le vieux Tama, lui, se prépare à partir en brousse. « Je vais chercher du bambou et de la paille pour refaire mes cases. C’est le moment, avant que les feux de brousse ne brûlent tout », confie-t-il, prêt à affronter une nouvelle journée.