Prix Nobel de littérature : la Canadienne Anne Carson récompensée pour son œuvre « audacieuse et inventive »
(Stockholm) La poétesse canadienne Anne Carson, dont l’œuvre mêle l’Antiquité à l’avant-garde, a remporté le prix Nobel de littérature.
L’annonce du prix a été faite jeudi par l’Académie suédoise à Stockholm. Ingrid Carlberg, secrétaire perpétuelle de l’Académie, a indiqué que l’autrice se trouvait en Islande, « à l’écoute du vent », lorsque l’Académie l’a contactée pour lui annoncer la nouvelle, jeudi.


PHOTO PONTUS LUNDAHL/AGENCE DE PRESSE TT, FOURNIE PAR ARCHIVES REUTERS – Anne Carson en 2015
Nicole Thompson – Associated Press
L’annonce du prix a été faite jeudi par l’Académie suédoise à Stockholm. Ingrid Carlberg, secrétaire perpétuelle de l’Académie, a indiqué que l’autrice se trouvait en Islande, « à l’écoute du vent », lorsque l’Académie l’a contactée pour lui annoncer la nouvelle, jeudi.
« Elle a été très surprise, mais très heureuse, a relaté Mme Carlberg. Je le sentais dans sa voix. »
Elle a déclaré que l’Académie avait récompensé Mme Carson pour son « œuvre audacieuse et inventive qui, dans un dialogue ludique avec la tradition classique, a créé de nouvelles formes pour la littérature contemporaine ».

PHOTO CHRISTINE OLSSON/AGENCE DE PRESSE TT, FOURNIE PAR L’ASSOCIATED PRESS – Ingrid Carlberg
Le premier ministre Mark Carney a rendu hommage à Anne Carson sur les réseaux sociaux, qualifiant sa victoire de « source de grande fierté pour le Canada ».
« Grâce à son talent, à son imagination et à son style bien à elle, la poétesse canadienne Anne Carson a réinventé les classiques. Elle a fait découvrir des récits anciens à de nouveaux lecteurs et a transformé notre regard sur la littérature », a-t-il écrit.
Poétesse, essayiste, helléniste et traductrice, Mme Carson est reconnue comme une maîtresse de l’ésotérisme dont l’œuvre constitue un genre à part entière.
Sa bibliographie compte plus de 20 ouvrages, allant de la poésie aux essais, en passant par le théâtre, les livrets d’opéra et les traductions de textes grecs anciens.
« La quasi-totalité de sa production littéraire s’est articulée autour de la rencontre entre l’obsession du philologue pour les mots et le désir du poète de trouver de nouvelles significations », a déclaré Anders Olsson, président du comité Nobel de littérature.
Parmi ses ouvrages figurent Eros the Bittersweet, une réflexion sur le plaisir et la douleur du désir dans la littérature grecque antique ; le roman en vers Autobiography of Red (Autobiographie du rouge) et Men in the Off Hours (Les hommes à leurs heures perdues), un recueil de poésie et de prose récompensé par le prix Griffin de poésie au Canada en 2001.

PHOTO HANNAH MCKAY, REUTERS – Des livres d’Anne Carson
Elle a su fidéliser un lectorat et récolter de nombreuses distinctions critiques, dont deux prix Griffin de poésie, un prix littéraire du gouverneur général, le prix T. S. Eliot de poésie, une bourse MacArthur et une bourse Guggenheim.
Elizabeth Harvey, professeure d’anglais à la retraite de l’université de Toronto, a expliqué comment Mme Carson parvient à « inventer et réinventer la forme ».
« Elle prend des éléments qui ne ressemblent pas à de la poésie, comme une conférence ou un essai, et les transforme en poésie », a-t-elle expliqué, faisant référence aux essais lyriques de Mme Carson.
« Ils ressemblent à des textes en prose, mais leur sensibilité est en réalité profondément poétique. »
Une autrice énigmatique
Cependant, alors que sa stature de poétesse s’affirmait au fil de plus de trois décennies, les détails de sa vie privée sont restés notoirement insaisissables.
Sa discrétion publique est parfaitement illustrée par la biographie succincte figurant sur la quatrième de couverture de ses livres : « Poétesse canadienne, essayiste et traductrice de mythologie grecque ».

PHOTO KIRILL KUDRYAVTSEV, AGENCE FRANCE-PRESSE – Une lectrice examine des ouvrages de l’écrivaine canadienne Anne Carson exposés sur le kiosque de la maison d’édition S. Fischer lors de la 78e Foire du livre de Francfort – le plus grand Salon du livre au monde – à Francfort-sur-le-Main, dans l’ouest de l’Allemagne, le 8 octobre 2026.
Selon diverses sources, Mme Carson est née à Toronto en 1950, a étudié les lettres classiques à l’Université de Toronto et a enseigné dans plusieurs établissements, notamment les universités McGill, du Michigan et de Princeton.
L’Académie suédoise a confirmé son année et sa ville de naissance, mais n’a fourni que peu d’autres détails.
On sait aussi qu’Anne Carson et son mari, Robert Currie, ont vécu en Islande et ont reçu la citoyenneté de ce pays en 2022.
Concetta Principe, maîtresse de conférences en anglais à l’université de Trent et autrice d’un ouvrage consacré à Anne Carson, se souvient de la première fois où elle a lu la biographie de l’écrivaine.
« Elle ne comptait que deux phrases. C’est inhabituel, a-t-elle déclaré. Cela témoignait d’une certaine humilité. »

PHOTO DIMITRIOS KAMBOURIS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE – Anne Carson en 2024
Mais Mme Principe a ajouté qu’elle y voyait également une prise de position sur le rôle de l’auteur.
« Nous associons ce qui est écrit à l’auteur. Nous pensons que c’est l’histoire de la vie de l’auteur que nous lisons, et cela nous rapproche de lui », a-t-elle avancé.
Après avoir soutenu sa thèse de doctorat en 1981, Anne Carson a fait ses débuts d’autrice en 1986 avec son essai Eros the Bittersweet et s’est fait connaître dans les années 1990 grâce à une série d’ouvrages aux genres hybrides, imposant un style qui puise dans le canon littéraire pour explorer des thèmes intemporels. Elle y invoque plusieurs influences, allant des sœurs Brontë au poète grec Stésichore (début du VIe siècle av. J.-C.).
Mme Carson a confirmé sa réputation avec son roman en vers de 1998, Autobiography of Red, qui transpose la légende d’Hercule en un triangle amoureux contemporain.
Mme Carson est devenue la première Canadienne à remporter le prix de poésie Griffin en 2001 pour Men in the Off Hour, et a reçu la même année le prix T. S. Eliot au Royaume-Uni pour The Beauty of the Husband.
En 2014, elle a de nouveau remporté le prix Griffin pour Red Doc, une œuvre qui s’inscrit dans le prolongement de Autobiography of Red.
À l’époque, elle avait confié à La Presse Canadienne sa surprise d’avoir gagné, en partie parce qu’elle n’« aime pas vraiment le livre » et parce qu’elle avait déjà reçu cette distinction et qu’elle « trouvait injuste » de l’obtenir une seconde fois.
« Je ne veux pas dire que c’est un mauvais livre, avait-elle soutenu. Je veux dire que je ne sais pas si c’est un bon ou un mauvais livre. Au départ, j’ai simplement une vision de ce que l’œuvre doit être ; parfois j’y parviens, parfois non. »
Elle s’est également distinguée dans la catégorie poésie pour les Prix littéraires du gouverneur général en 2020 avec Norma Jeane Baker of Troy (Norma Jeane Baker de Troie), ouvrage qui, fidèle à son style, mêle l’histoire d’Hélène de Troie à des éléments de la vie de Marilyn Monroe. Deux ans plus tard, elle a de nouveau figuré sur la liste des finalistes pour H of H Playbook, une réinterprétation de la tragédie grecque Héraclès, d’Euripide.
Parmi ses œuvres plus récentes figure Wrong Norma (2024), sa première création originale depuis 2016. Ce recueil de « textes en prose poétique » a été publié accompagné de ses propres illustrations.
Anne Carson est la deuxième Canadienne à recevoir le prix Nobel de littérature, après la maîtresse de la nouvelle Alice Munro, récompensée en 2013.
Le prix Nobel de littérature vient avec une récompense de 12 millions de couronnes suédoises, soit environ 1,7 million de dollars canadiens.
Avec des informations de l’Associated Press