Football féminin au Sénégal : un jeu qui décoiffe
Longtemps tenu à l’écart des terrains, le football féminin sénégalais a dû briser bien des barrières sociales et culturelles pour exister. Des premiers pas timides dans les années 1970 aux soutiens de la FIFA aujourd’hui, son histoire est celle d’un combat pour la reconnaissance et l’égalité.
Par Mamadou Koumé
« Le football qui décoiffe. » Ce jeu de mots signé du journaliste Alain Agboton a marqué les débuts de l’intérêt des médias pour le football féminin au Sénégal. Une formule qui illustrait bien la double réalité : sur le terrain, un coup de tête pouvait déranger une coiffure, mais surtout ébranler des mentalités figées.
Bien avant le ballon rond, les Sénégalaises avaient déjà investi le sport. Dans les années 1960, l’athlétisme et surtout le basket-ball servaient de terrain d’expression, mais dans un cadre scolaire discret et réservé à une minorité.
Moment fondateur : les Jeux de l’Amitié de 1963 à Dakar, où le public découvrit la première sélection nationale féminine de basket. Sous la houlette de Bonaventure Carvalho, les Lionnes allaient marquer l’histoire et dominer la scène africaine pendant vingt ans.
Au Sénégal, il faut attendre le milieu des années 1970 pour que le football féminin voie le jour, grâce à Samba Khouma dit Eliott, enseignant d’éducation physique. Mais l’expérience se heurte à une forte résistance : shorts, crampons et compétitions restent considérés comme des attributs masculins.
Dans une société encore imprégnée de tabous, les femmes sportives étaient vite taxées de « garçons manqués ». La norme sociale privilégiait le mariage et le foyer, freinant ainsi l’épanouissement des futures footballeuses.
Les années 2000 marquent un tournant. Avec la stratégie lancée en 2018, la FIFA fait du développement du football féminin une priorité et met sur la table des moyens financiers conséquents. Au Sénégal, l’émergence de clubs féminins s’accélère, portée par des politiques publiques et l’engagement associatif.
Pour autant, la discipline peine encore à se structurer pleinement. Les joueuses sont de plus en plus visibles, mais les postes d’entraîneurs, d’arbitres, de dirigeants ou de médecins restent majoritairement occupés par des hommes.
Le grand chantier est désormais celui de la formation. Permettre aux femmes d’accéder aux fonctions techniques et administratives du football est une étape cruciale pour lever les freins socioculturels, économiques et institutionnels qui persistent. Car au-delà du jeu, le football féminin est aussi un vecteur d’émancipation. Un sport “qui décoiffe” vraiment, et qui pourrait bien continuer à surprendre au Sénégal.