La masculinité toxique aliène les hommes
Par Mousso
Un célèbre animateur en pleurs pour exprimer ses émotions devient une risée virale. Anecdotique, cette scène témoigne de la perception du mythe de l’homme fort, viril, sans une once d’émotion. Aussi, la puissance se conjugue-t-elle au masculin. Cette construction occulte bien des souffrances sous les muscles. Les hommes ne sont toutefois pas à l’abri de stigmates.
À l’ère des réseaux sociaux, une mue s’opère en ce qui concerne les façons d’être un homme. L’exposition à d’autres modèles remet en cause les codes normatifs dans ces espaces de dévoilement permanent qui fissurent le silence sur des questions nimbées d’un voile de pudeur.
Le « mâle alpha », c’est-à-dire l’individu de sexe masculin qui domine les autres par la force et la violence pour les soumettre, n’est plus référentiel. Un autre sociotype d’hommes dessinent différemment l’avenir avec les femmes en battant en brèche la hiérarchie viriliste sans complexe. Ils montrent qu’un « vrai homme » peut pleurer, avoir des sentiments, sans être faible. Une masculinité positive contraire à la masculinité toxique qui déverse sa colère et sa frustration à coups de poing et de mots blessants.
Dans la manosphère, l’idéologie de ce masculinisme rance fait florès. Elle véhicule l’idée selon laquelle les hommes sont victimes de l’émancipation féminine. Une fatalité du pire qui les dépouille de tout pouvoir, voire les émascule : l’habillage pour vertébrer leur théorie apocryphe. En attendant, le cyberharcèlement déferle ainsi que les discours haineux, misogynes et sexistes.
À l’heure de la visibilité absolue et instantanée, nous savons que « l’énergie masculine est bonne » et qu’elle peut se propager rapidement à l’image du coronavirus. La masculinité toxique aliène les hommes. Il serait urgent de freiner cette avalanche de toxicité avec un antidote d’une efficacité redoutable : un ministère des hommes pour repenser l’éducation des garçons !