Tambanoumouya : quand les femmes font vivre la terre
Par Makan DAMBELE
Au bord du fleuve Gambie, sous le soleil écrasant de Tambanoumouya, s’étend un périmètre maraîcher de huit hectares créés en 2018. Confié au GIE Lannaya (« Confiance » en malinké) avec l’appui de la compagnie minière PMC, ce jardin symbolise l’espoir d’une agriculture villageoise durable. Mais derrière ce projet porteur d’avenir, les femmes qui le font vivre au quotidien affrontent des défis considérables : pénurie d’eau, pollution du fleuve et conditions de travail éprouvantes.
En cette matinée de jeudi, l’air est encore frais lorsque Djité Camara, la soixantaine, arrive à moto. Coupe-coupe à la main, elle franchit un tronc d’arbre posé à l’entrée du jardin avant de rejoindre sa bananeraie, qu’elle partage avec une autre femme du village. Avec patience et précision, elle taille les pieds abîmés des bananiers, retire les fruits endommagés, enlève les feuilles mortes et soutient les régimes à l’aide de piquets.
« L’entretien des bananiers demande beaucoup d’efforts physiques », explique Djité Camara, présidente du Groupement d’intérêt économique (GIE) Lannaya. Un travail exigeant physiquement qu’elle accomplit, chaque jour, malgré l’âge, la fatigue et le manque de moyens, avec une détermination remarquable.
Ce jardin communautaire, géré par le GIE Lannaya, est composé majoritairement de femmes du village. Seules deux exploitations sont détenues par des hommes. Ici, elles sont le moteur de la production et de la survie du périmètre maraîcher qui leur permet de nourrir leurs familles et de faire vivre leur communauté.
La production y est diversifiée. Le site est divisé en deux zones : l’une consacrée à l’arboriculture (bananes, mangues, noix de cajou), l’autre au maraîchage. En saison sèche, les femmes cultivent choux, aubergines, gombos et oignons. En saison des pluies, certaines retournent dans leurs champs vivriers et d’autres partent travailler dans les sites d’orpaillage pour faire face aux difficultés économiques.
« Notre principal souci est l’eau. Lors des périodes de forte sécheresse, certaines parcelles ne sont plus irriguées, entraînant la perte de nombreuses plantations. Les bananiers ont besoin de beaucoup d’eau. Sans irrigation suffisante, ils meurent. L’année dernière, nous avons dû réduire nos cultures », explique Samouro, membre du GIE, qui nous accueille dans sa parcelle, toute souriante.
Face à cette situation, le GIE a alerté la direction de la mine après la détection d’un panneau solaire endommagé. Selon un responsable des relations communautaires, des équipements supplémentaires devraient être fournis et le système réparé avant la prochaine campagne agricole.
En attendant, s’ajoute à ces défis, la pollution du fleuve. Les rejets d’eaux boueuses issues d’activités d’orpaillage affectent la qualité de l’eau utilisée pour l’irrigation. « L’eau polluée arrive directement dans nos jardins à travers les tuyaux d’irrigation. Nous craignons pour nos cultures mais aussi pour notre santé », témoigne une responsable du GIE. Un barrage a depuis été installé pour limiter ces rejets en saison sèche.
Les récoltes de bananes et de légumes sont vendues au marché hebdomadaire de Mako, sur commande ou parfois directement à la compagnie minière.
À Tambanoumouya, le jardin maraîcher n’est pas seulement un espace agricole : il est le symbole du courage et de persévérance des femmes rurales. Derrière chaque régime de bananes et chaque panier de légumes se cache le combat quotidien de ces femmes contre la sécheresse, les herbes envahissantes et les difficultés économiques.