Karité : l’or vert des femmes de Kédougou
Par Makan Dambele
À Kédougou, le karité est bien plus qu’un arbre. C’est une source de vie et de revenus pour les femmes qui jouent un rôle central dans toute la chaîne de valeur artisanale : de la cueillette du fruit au beurre prisé pour ses vertus cosmétiques et médicinales.
Le processus débute par la cueillette des fruits de karité, au moment des semis, dans les brousses environnantes, parfois loin des concessions. Pour la cueillette, les femmes y vont en groupe de trois, quatre ou plus. Munies de bassines, de sacs de 50 kg vides et de bouteilles d’eau pour se désaltérer. Sur place, les fruits mûrs sont ramassés et les verts cueillis à l’aide d’un long bâton de bambou doté d’une sorte de crochet à son extrémité.
Une préparation digne d’un travail d’orfèvre
De retour à la maison, elles conservent les fruits verts pendant quelques jours avant de les consommer et récupèrent les noyaux pour les bouillir dans une grande marmite pendant plusieurs heures. Après cuisson, ils sont étalés pour être asséchés. Vient ensuite une étape minutieuse : la casse des coques avec les pierres ou dans des mortiers pour en extraire les noyaux. « La casse me prend des jours. C’est trop lent et minutieux. Le travail est vraiment pénible », confie Fanta, la cinquante au teint noir. De taille moyenne, notre interlocutrice sèche soigneusement les noyaux avant de les piler dans un mortier jusqu’à l’obtention d’une poudre fine qui sera grillée dans une marmite. Cette poudre noire, pilée à nouveau, est mélangée à l’eau dans une bassine. Un mélange manuel vigoureux la transforme en une pâte blanchâtre. Fanta y plonge la main et se courbe pour la frotter pendant près d’une vingtaine de minutes avant de la cuire à nouveau. Trois heures plus tard, l’huile commence à se dissocier du reste.
À l’aide d’une louche, la mère de famille récupère l’huile propre pour la cuire à nouveau. Elle obtient un beurre propre et onctueux qui sera laissé au repos avant d’être conditionné dans des bidons de 1,5 litre. Ces contenants, vendus entre 2 000 et 3 000 francs CFA, peuvent servir soit à la vente locale, soit à un usage thérapeutique : « soigner des blessures, déboucher le nez en cas de rhume, masser le corps des bébés, des femmes, etc. » selon Tombon, une septuagénaire qui ne tarit pas sur les vertus du beurre de karité.
Depuis quelques années, cette huile gagne en popularité auprès des familles pour des raisons économiques. Délaissée au profit de l’huile d’arachide, elle était pourtant consommée en cuisson et ses restes servaient à la fabrication de savons noirs.
La transformation du karité génère des revenus pour les femmes de Kédougou. Certaines coopératives écoulent plus de 500 kg de beurre, par an, sur les marchés locaux et les ‘’louma’’(marchés hebdomadaires). D’autres arrivent à exporter leur production à l’international pour combler les besoins de l’industrie cosmétique.
En sus de la sous-exploitation des ressources, la professionnalisation, le respect des normes sanitaires et la structuration de la filière restent des défis majeurs pour accroître les volumes et améliorer la qualité de cet or vert.