Par Mousso
Trente ans après la Conférence mondiale de Beijing, la société civile sénégalaise dresse un bilan nuancé de la situation des femmes et des filles. Si des progrès sont enregistrés dans plusieurs secteurs, les inégalités économiques, éducatives et sociales continuent de freiner l’effectivité des droits des femmes.
Trente ans après l’adoption du Programme d’action de Beijing, cadre mondial de référence en matière de promotion des droits des femmes, le Sénégal continue de faire face à des défis structurels importants malgré des avancées notables.
C’est dans ce contexte que l’ONG J-GEN Sénégal, avec l’appui de partenaires techniques et financiers, a organisé un atelier de restitution du rapport alternatif de la société civile sur la mise en œuvre des engagements de Beijing au Sénégal.
Le rapport met en lumière des avancées réelles dans plusieurs secteurs, notamment l’éducation des filles, le renforcement du cadre institutionnel et la participation des femmes dans certains espaces de décision. Mais derrière ces progrès, les inégalités restent profondes.
L’un des constats majeurs concerne les inégalités économiques. Les femmes continuent de faire face à d’importantes barrières d’accès au financement. L’accès au crédit reste inégal, notamment en raison de critères d’éligibilité souvent peu adaptés à leurs réalités économiques. Le manque de garanties et d’actifs, combiné à des biais institutionnels persistants, limite fortement leur autonomie économique.
Le rapport souligne également une faible inclusion financière des femmes, aggravée par l’éloignement des services financiers, le manque d’information et l’accès limité aux outils bancaires et numériques.
Sur le plan social, la pauvreté reste un facteur central de vulnérabilité. Selon les données présentées, 70 % des ménages au Sénégal sont dirigés par des hommes et 30% par des femmes. Le taux de pauvreté atteint 42 % dans les ménages dirigés par des hommes, contre 24,7 % dans les ménages dirigés par des femmes. Ces chiffres traduisent des réalités complexes, mais montrent surtout que la précarité continue d’affecter fortement les ménages et renforce les vulnérabilités des femmes.
L’éducation constitue un autre domaine critique. En effet, malgré certaines avancées, l’accès des filles et des femmes à l’éducation et à la formation reste freiné par des obstacles structurels.
Le rapport identifie plusieurs causes majeures : les charges domestiques, la pauvreté, les grossesses précoces, les abandons scolaires élevés ainsi que les inégalités persistantes. Le manque de dispositifs ciblés continue également de limiter les résultats.
Face à cette situation, la société civile formule plusieurs recommandations fortes : renforcer les politiques de maintien des filles à l’école, améliorer l’accès des femmes aux filières STEM, harmoniser les cadres juridiques, soutenir davantage les étudiantes mères et développer une éducation plus inclusive.
Au-delà de la restitution du rapport, l’atelier a constitué un espace de dialogue intergénérationnel et de mémoire militante. Les échanges ont permis de croiser les perspectives entre générations de militantes, institutions publiques et communautés.
Le constat est clair : trente ans après Beijing, les acquis sont réels, mais insuffisants. Pour que les droits des femmes et des filles deviennent pleinement effectifs, les recommandations formulées à Beijing doivent désormais se traduire en actions concrètes, en réformes ambitieuses et en engagements politiques forts.
La présentation du rapport des 30 ans de Beijing a, par ailleurs, réuni des organisations féministes, communautaires, des mouvements citoyens, des institutions publiques, des chercheurs et des partenaires techniques autour d’un objectif commun : évaluer les progrès, identifier les défis persistants et formuler des recommandations concrètes autour des 12 domaines critiques du Programme d’action de Beijing.