Quand la « féminité toxique » empoisonne les épouses au sein des belles-familles
Par Mousso.sn
Nogaye Thiam. 25 ans. Fille, sœur, épouse, mère, retrouvée morte, des heures plus tard, dans la maison de sa belle-famille, sans qu’aucun membre ne remarque son absence. Partie à la fleur de l’âge dans un isolement social total. Une indifférence pire que les meilleurs oscars d’inhumanité. Que dire à son enfant, orphelin à un an et demi, que ses cendres seront dispersées en grandes pompes avec du laax, du ceeb et du cere, sans oublier les jaxal ? Écrire même à la colère ces mots est une douleur. C’est révoltant !
Ce drame jette un éclairage sinistre sur ce que des épouses vivent au sein des belles-familles. Encalminées dans des ménages souvent sans issue pour diverses raisons, la réalité prend parfois des contours d’un cauchemar sans fin. Considérées comme de tierces personnes reléguées en seconde catégorie, elles subissent de la part de leur belle-famille une haine irrationnelle : humiliations, brimades, calomnies, jalousie et rivalité, mises en concurrence, violences psychologique, verbale, financière, sexuelle. Un chef d’œuvre majoritairement orchestré et signé par les femmes. Une « féminité toxique » destructrice !
Des belles-sœurs et belles-mères, en gang, se transforment en monstre de foyers et se sentent autorisées à maltraiter celles qui rejoignent le cercle conjugal. Une forme de revanche de dominées à l’aigreur féminine sous-tendue par « fonk sa séy », « muñ ba dee » ou « sey ba dee » vendu comme une fin en soi ouvrant la voie à la respectabilité sociale et au « paradis ».
Déshumanisées, ces femmes sont en déréliction. Leur vie ne compte qu’additionnée à celle de leur époux et enfants, au labeur quotidien ou encore aux cadeaux offerts à la belle-famille. Elle n’a, donc, de valeur qu’en raison de cette place et au-delà, c’est la « solitude politique »[1]. Des non-dits traversent leur vie enfermée dans un huis clos étouffant, car la majorité préfère encore murmurer leur peur et leur inquiétude.
Le silence qui entoure les violences commises par les femmes sur des enfants, des hommes et d’autres femmes en dit long sur la perception de ce tabou. Un impensé dans une société qui conjugue la victime au féminin et normalise les violences envers la gente féminine. Peut-elle comprendre et accepter que des victimes puissent être actrices de violence à leur tour ? Dans ce contexte, comment débusquer ces violences pour en éclairer l’ampleur d’autant plus qu’elles sont dépolitisées et transformées en faits divers ?
En attendant une réponse, l’indifférence collective abandonne les victimes à l’agonie. Ces violences, qui s’inscrivent dans un contexte plus large des violences basées sur le genre, font système. Leur récurrence montre que les femmes ne sont en sécurité nulle part.
L’indignation et l’émotion suscitées par ce féminicide intrafamilial doivent servir de carburant pour une autre solidarité afin de sortir du déni la « féminité toxique ». Ce poison qui fragilise nos luttes et corrode notre sororité.
[1] « Solitude politique : : le sentiment d’être abandonné par la société, qu’il y a trop d’adversité. Le sentiment qui en découle d’être « annulé », de ne pas exister, vis-à-vis de soi, des autres ou de la société (…) » selon la sociologue Cécile Van de Velde.