Un moment pour soi !
Par Mousso
Un moment pour les Sénégalaises est-il utopique ? Peut-on être épouse ou mère et rester soi-même ? Cette vie est-elle incompatible avec des moments d’évasion ? À quel point est-il possible de s’oublier pour faire plaisir aux autres ? Peut-on être heureuse en ne vivant que pour le bonheur d’autrui ? Telles sont les questions que je me pose depuis que j’ai assisté à un « henné time ». Ces fêtes où des femmes se retrouvent, entre elles, pour enterrer la vie de jeune fille de futures mariées et s’éclater sans jugement.
En tout cas, celles qui étaient présentes étaient tellement heureuses d’avoir un peu de répit que je me suis demandé si le foyer n’est pas devenu un havre ambigu ? Si nos coups de foudres permanents- nos enfants- ne mettent pas entre parenthèses nos désirs en nous plongeant dans les contraintes d’une vie familiale sclérosante ?
Nombre d’épouses et de mères épuisées implosent sous le poids de la charge mentale en silence. Biberonnées à crier en silence, elles ne se plaignent jamais. Habituées aux discours qui romantisent leur labeur, elles croulent sous le perfectionnisme domestique. Certaines voient leur horizon se rétrécir comme peau de chagrin en mettant fin à un rêve et d’autres sont obligées de quitter leur emploi ou d’accepter un travail à temps partiel pour supporter la lourdeur des charges. Le tout avec la bénédiction des “empêcheurs d’exister” qui ont fait de la culpabilité une essence féminine. Et, cela se paie d’un double épuisement mental et physique.
S’offrir des moments d’évasion devient un luxe pour beaucoup de Sénégalaises. Combien de femmes peuvent se targuer d’avoir des loisirs, du temps pour elles ? Pourtant, qui ne rêve pas de vide pour respirer un coup : ne penser qu’à elle-même, rester elle-même, pour elle-même ?
Le temps est venu d’introduire dans la Constitution, un “moment à soi” pour les femmes. Un moment qui leur donne le droit de conjuguer le verbe lâcher prise sans culpabilité !