Par Mousso
Près d’une vingtaine de Sénégalaises tuées par un conjoint, un partenaire intime, un proche dans des circonstances tragiques, en raison de leur genre, en 2025. Il s’agit de féminicide, la manifestation la plus extrême des violences faites aux femmes. Ce crime, souvent perpétré dans un huis-clos intime, n’est jamais accidentel. Il est l’aboutissement d’une chaîne de violences répétées et répétitives, de silence, de peur et d’aveuglement individuel et collectif.
Ces chiffres sidérants détonnent avec le peu de bruit politique autour de ces meurtres qui semblent se répéter année après année. Des vies bouleversées, des proches inconsolables, des traumatismes nécessitant une prise en charge politique. Car, au-delà du décompte funeste de la presse, le féminicide et ses répercussions sont politiques.
Longtemps minoré sous l’appellation de crime passionnel, cet assassinat ciblé ne peut être justifié ni par la passion, ni par la jalousie. Ce n’est rien d’autre qu’un crime de propriété, de possession du corps et de l’âme des femmes, une sorte de titre foncier ad vitam.
Chaque féminicide raconte la même histoire de résistance d’un côté et la peur de perdre le contrôle, voire l’emprise sur son « bien » de l’autre. Ce crime contre les femmes, pour les écraser et les faire taire définitivement, est profondément enraciné dans les rapports de pouvoir.
Dans ce contexte, la maison qui symbolise la sécurité, devient un “piège à femmes”. Au sein de ce safe zone, la violence les tue. Elle est le fait de visages familiers dans un espace familier. Et, tant que l’État montrera peu d’appétence à prendre à bras-le corps cette situation complexe en refusant d’entrer dans la chambre conjugale pour débusquer cette forme de violence insidieuse par des peines radicalement sévères, les foyers demeureront des cimetières. Il a l’obligation d’intervenir devant le seul risque de violence aggravée.
Pour un gouvernement aussi préoccupé par l’égalité femmes et hommes et la lutte contre les violences et discriminations, il faut plus que des mots. Chaque féminicide signe son échec. D’ailleurs, pour bien des femmes, le fossé est grand entre les discours, les promesses et leur quotidien. Face à cette réalité dystopique qui s’impose avec une force brutale, il est urgence de sortir le féminicide de la rubrique Faits divers pour en faire une cause politique nationale. Sinon, la vie des Sénégalaises ne vaudra pas.
Dans ce contexte, se taire, c’est se rendre complice d’un« continuum féminicidaire » qui rend à l’évidence tragique la déshumanisation des femmes, traitées en quantité négligeable, voire en accessoires dont on peut se passer. Voilà pourquoi, l’acmé des violences faites aux femmes n’émeut pas grand monde !