Études au Canada : des sénégalaises dupées par des marchands de promesse
Par Huchara Baptiste
Au Canada, nombreuses sont les étudiantes tombées dans le piège des marchands de promesse. Des fraudeurs sans scrupule, des agences d’Immigration non reconnues, qui leur vendent « le rêve canadien » sur les réseaux sociaux. Leurs stratagèmes sont tellement huilés qu’ils arrivent même à passer entre les mailles du filet des services de l’Immigration et des universités.
Trop beau pour être vrai ! La publicité des recruteurs est alléchante sur les réseaux sociaux ou par le biais de leur intermédiaires : disponibilité de bourses d’études, possibilités de travail compatibles avec les études, hébergement à moindre coût, réduction des droits de scolarité. Ils ne lésinent sur aucun moyen pour attirer des étudiantes. N’empêche que chaque année, des dizaines de candidates mordent à l’hameçon à coups de milliers de francs CFA : entre 800 000 et 2 000 000.
En effet, tout est possible pour celles qui ont les moyens financiers de leur rêve : diplômes falsifiés, preuves bancaires truquées, lettres d’acceptation contrefaites. Mais, la réalité dépasse la fiction dans certains cas. « Une fois arrivée à l’aéroport de Montréal, le courtier de l’agence qui a fait toute la procédure jusqu’à l’obtention du visa n’était pas venu me chercher et je n’arrivais pas à le joindre. Avec mon argent de poche, j’ai pu me rendre à l’université située à 6h de route, après deux jours passés dans un hôtel, avec deux autres étudiantes dans la même situation. Une fois sur place, mon nom n’était nulle part. La dame du registrariat me regardait avec suspicion. Tous mes documents étaient faux. J’ai tellement crié qu’elle a appelé la sécurité. », confie Totala avec amertume.
Pour cette Mbouroise venue poursuivre ses études en chimie analytique, l’arnaque dont elle est victime a anéanti ses rêves et ruiné sa famille. « Je me suis retrouvée démunie et sans statut. Quand, j’ai raconté à mes parents ce qui m’est arrivé, ils sont tombés des nus. Mon papa a versé l’équivalent de 6 millions Fcfa à l’agence pour payer une partie de ma session et mon logement en vendant son terrain sis à Konoune et sa voiture. L’Université n’a pas reçu le montant. Le pire, c’est qu’elle ne peut rien faire, la police non plus. » En effet, si la malversation a lieu hors du Canada, seul le gouvernement fédéral peut mener une enquête.
Selon le décompte de la presse, les victimes d’arnaques aux études se comptent par dizaines, mais le silence des étudiantes sur leur statut ne permet pas de quantifier l’ampleur du phénomène. Kiné (nom d’emprunt), arrivée en août 2024 pour un bac en travail social, en est une. « Je n’ai rien vu venir. C’est une fois en sol canadien que je me suis rendu compte que j’ai été flouée et j’ai tellement honte de ce qui m’est arrivé que j’ai perdu confiance en moi-même. Je n’ai encore rien dit à la famille, le choc serait trop brutal. Je me débrouille comme je peux, sans grand espoir de régulariser ma situation et de poursuivre mes études cette année encore. »
Démunie et sans statut, elle s’en remet au Bon Dieu. « Pour la première fois de ma vie, j’ai compris le sens de « toumouranké », ajoute-t-elle avec émotion. « Mes parents n’en reviennent toujours pas. Ces escrocs n’ont vraiment pas de cœur. Le sacrifice est trop grand pour rien. Tu imagines, j’étais inscrite dans un collège universitaire en Vente alors que j’étais censée faire une maîtrise en Droit des affaires. »
Les permis d’études constituent une manne financière pour les arnaqueurs qui mettent en place des stratagèmes très attractifs pour flouer encore plus de candidates. Un commerce lucratif sur le dos de celles qui connaissant mal les rouages du système éducatif canadien.
Pourtant, sur le site de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), il est clairement mentionné que personne ne jouit d’un accès spécial aux programmes et services et ne peut garantir une entrée au Canada.
D’ailleurs, les candidats peuvent s’informer sur ces activités frauduleuses à cette adresse : https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/services/proteger-fraude.html