Louma de Diaobe : le quotidien des Vendeuses de « Tiguadégué»
Par Djibril DIAO
Le Louma de Diaobé, un hub commercial à l’échelle régionale, est le théâtre de nombreux échanges économiques. La vente de pâte d’arachide (Tiguadégué) est l’une des activités les plus populaires de ce marché hebdomadaire qui se tient tous les mardis et mercredis. Dès l’aube, des centaines de femmes y convergent déterminées à rentabiliser leur travail. Plongée dans le quotidien de ces entrepreneures qui luttent pour leur gagne-pain.
Il est sept heures du matin, ce mardi. Un vent frais murmure aux oreilles. Derrière le poste sanitaire de Diaobé, l’espace aménagé reçoit déjà une foule d’individus venus de tous les coins du pays et de la sous-région. C’est le parc dédié au commerce de la pâte d’arachide. En ce début de la journée, pendant que certains profitent d’un bon petit-déjeuner, Ramata Sagna, 38 ans, teint clair, descend d’une moto à trois-roues. Le foulard bien noué sur la tête et le pagne serré sur sa longue robe annoncent l’intensité du travail qui l’attend. Ramata habite à Kabendou, l’autre grand village de la commune, et fait la navette chaque semaine depuis des années pour écouler ses seaux de pâte d’arachide. « Je suis mariée et mère de trois enfants. Depuis plus de 20 ans, bien avant mon mariage, je fais ce commerce», lance-t-elle, le regard plein de détermination.
Du marché à la fabrication, la semaine de labeur
Le Louma se remplit progressivement. La chaleur gagne du terrain. Mais, rien n’arrête les femmes qui s’activent dans le secteur de la pâte d’arachide. En effet, le commerce du Tiguadégué est un long processus, exigeant du labeur et du temps. Si l’activité commerciale se fait les mardis et mercredis au Louma, le reste de la semaine est sans répit pour ces braves dames.
« Dès mercredi soir, à la fin du louma, je pars dans le syndicat (espace réservé à la vente d’arachide) pour acheter des sacs d’arachides », explique Ramata qui se procure une quinzaine en moyenne. « Actuellement, le sac coûte 25 000 francs CFA – une somme élevée due à la rareté du produit-, c’est trop cher, mais que faire ? », soupire-t-elle d’un ton désespéré.
L’achat des sacs n’est que le début. Elle doit ensuite payer le transport (200 francs par sac) jusqu’à son domicile à Kabendou avant la préparation et la fabrication de la pâte d’arachide qui prend deux à trois jours. « Mis à part le prix de l’arachide, je débourse presque 27 000 francs tout au long du processus », confie-t-elle en s’essuyant le front. Elle ajoute dans la même lancée: « chaque déplacement compte, en plus du coût des machines qui fabriquent la pâte. Cette activité n’est pas faite pour tout le monde, car elle prend beaucoup de temps, demande de la force et rien ne garantit qu’après, la vente sera fructueuse ».
Le marché et ses réalités
L’horloge tourne, il est 13 heures. Le soleil est au zénith. Le Louma est bondé, les va-et-vient incessants. Salimata Sané, 29 ans, apparaît, un grand bol sur la tête et un petit seau rempli d’assiettes et de cuillères à la main. Les commerçantes l’encerclent immédiatement. On entend de loin le cri de ralliement : « Saly jayma, Saly jayma ». En effet, Saly vend de la sauce aux boulettes au déjeuner, le repas prisé par de nombreuses commerçantes comme Adama Thiam et le soir, elle propose du café Touba pour joindre les deux bouts.
En fin de journée, la foule se dissipe et le commerce s’éclipse avec le soleil. Diénaba Kondjira, la quarantaine, range ses seaux vides. Elle a pu écouler toute sa marchandise. « Un seau de pâte d’arachide coûte normalement 17 000 francs, mais j’ai vendu les miens à 16 500 F. J’ai une urgence à régler et quand un client m’a proposé cette somme, j’ai accepté. Ce sont les aléas du métier », se désole-t-elle.
L’espace se vide de son monde. Les braves femmes rentrent chez elles. Certaines avec des bénéfices, d’autres les mains vides, mais toutes espèrent des lendemains meilleurs.