Par Joseph Kama
« L’Art d’être, femmes noires », l’exposition qui donne à voir et à entendre des récits longtemps marginalisés au Musée des Civilisations Noires. Entre œuvres puissantes et paroles de visiteurs, la visite se transforme en expérience sensible et politique, où mémoire, identité et affirmation se rejoignent.
Dès l’entrée de la salle d’exposition du Musée des Civilisations Noires, le ton est donné. Les œuvres dialoguent entre elles, mêlant regards, corps, matières et mots. Ici, chaque tableau, chaque installation, semble raconter un fragment d’histoire longtemps tue. « L’Art d’être, femmes noires » n’est pas une simple exposition à contempler : c’est une expérience qui interpelle, dérange parfois, mais surtout rassemble.
Dans les couloirs, les visiteurs déambulent, prennent le temps d’apprécier les œuvres. Certains s’arrêtent longuement devant celles qui les attirent, d’autres prennent des photos, visiblement marqués. Aïssa, étudiante en sociologie, se confie : « on se reconnaît tout de suite. Ces œuvres parlent de ce que nos mères ont vécu, de ce que nous vivons encore. C’est fort parce que ce n’est pas raconté avec des discours, mais avec de l’art. »
Les visages représentés, fiers ou graves, semblent fixer le public. Ils racontent le poids du racisme, du sexisme, du colorisme, mais aussi la dignité et la résistance. Pour Mamadou, venu visiter l’exposition avec sa sœur, le message est clair « on parle souvent des femmes noires comme des victimes. On voit surtout leur force. Ça remet beaucoup de choses en question, même pour nous les hommes».
Au fil de la visite, l’exposition se transforme en espace de réflexion collective. Des groupes se forment spontanément, échangent impressions et émotions. Fatou, enseignante, s’arrête devant une œuvre évoquant la transmission : « On oublie trop souvent que les femmes sont au cœur de nos sociétés. Cette exposition leur redonne la place qu’elles méritent dans notre histoire. »
La portée de « L’Art d’être, femmes noires » dépasse le cadre artistique. Pour Mariama, militante associative, c’est un acte politique, une réponse à l’invisibilisation. On ne parle pas de la place des femmes noires, ce sont leurs paroles, leurs images, leurs réalités qui s’imposent. » La visite s’achève, mais les discussions se prolongent dans le hall du musée. Les regards sont encore habités par les œuvres, les silences chargés de sens.
« L’Art d’être, femmes noires » laisse une trace durable : celle d’une mémoire réaffirmée et d’une identité revendiquée. Plus qu’une exposition, c’est une prise de parole collective, un espace où l’art devient outil de reconnaissance, de transmission et d’émancipation. En quittant les lieux, une certitude se dégage chez de nombreux visiteurs : ce qui a été vu ici ne peut plus être ignoré.